La compétitivité des entreprises est au coeur du débat politique actuel. Un rapport de janvier 2012 de l'Institut de l'entreprise, un think tank indépendant, met en évidence la perte de vitesse de l'industrie française à l'exportation (en particulier dans les PME), prône un choc de compétitivité en France et préconise plusieurs mesures; meilleure adéquation entre l'offre et la demande au niveau du système éducatif, ..., amélioration du dialogue social syndicat-patronat et désengagement de l'état dans ce domaine.

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Pour un choc de compétitivité en France

La compétitivité hexagonale dégradée
Les chiffres sont contrastés; une croissance des exportations française de 5.6 % par an entre 2000 et 2010, mieux que les USA (5.0 %) et le Japon (4.9 %), mais moins bien que ses grands voisins (Allemagne à 8.7 % et Espagne à + 8.1 %/an) et surtout une perte de part de marchés de la France au niveau de l'export intra-européen et extra-européen (avec le reste du monde).

Part de marché de la France
                                              2000           2010
Intra-européenne                       16 %          13 %
Zone euro --> reste du monde    13 %           9 %

A l'inverse, certains pays de la zone Euro (Allemagne, Belgique, Pays-bas), qui sont pénalisés comme la France par la surévaluation de la monnaie unique, connaissent un mouvement inverse et augmentent leurs parts de marchés. Le déficit de la balance commerciale française se creuse depuis 2004 et alors qu'il était à 51 milliard en 2010 progressait à 75 milliards en 2011. Cette continuité dans la dégradation est jugée très inquiétante. La France doit rebâtir un avantage compétitif sur le terrain de la compétitivité hors-coût (fondé sur la qualité des produits et services, recherche et innovation, image des marques, ...) sans pour autant négliger la compétitivité coût.
 
Le coût du travail
Le coût unitaire du travail (coût horaire rapporté à la productivité) en France est resté stable par rapport à la moyenne européenne, mais s'est dégradé de 20 % par rapport à l'Allemagne depuis 2000. L'écart avec l'Allemagne s'explique par une modération salariale chez notre grand voisin depuis 2003, devenue nécessaire après la surrapréciation des coûts du travail dans les années 90 lié à la réunification.

Une offre éducative non adaptée aux besoins de l'économie
Le dispositif actuel n'oriente pas suffisamment les étudiants français vers les filières de l'enseignement supérieur offrant des débouchés. Par exemple, les besoins de recrutement en ingénieurs sont difficilement satisfaits alors que 10 % des places en écoles d'ingénieurs ne sont pas pourvus. Inversement, 20 % des étudiants ayant terminés leurs études en communication il y a 10 ans sont au chômage actuellement. Cette inadéquation entre offres de formation et compétences recherchées s'explique en partie par la rigidité de l'organisation de l'éducation nationale qui peine à s'adapter à un marché du travail qui s'est profondément transformé.

Certaines filières sont sans débouchés professionnels
        Secteur                     taux de chômage (10 ans après)

  • Textile, habillement                     27 %
  • Secrétariat, communication          20 %
  • Sciences humaines, lettre            15 %
  • Informatique, réseaux                   5 %
  • santé                                           2 %


L'Allemagne compte 3 fois plus de jeunes formés en alternance que la France avec un taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans de 5.5 % seulement contre 24 % en France en 2010. La formation professionnelle continue en France est aussi peu efficace. Elle favorise trop les cadres, elle est diluée, trop courte, non diplomante et ne bénéficie pas suffisamment à ceux qui en auraient réellement besoins.

Nearshoring et assemblage final en Allemagne
La chaîne de production allemande s'est profondément réorganisée et pour rester compétitive privilégie 2 pistes :

  • Le "nearshoring", c'est à dire l'externalisation de sa production dans des pays voisins à plus faible coût (Europe de l'Est)
  • L'assemblage final en Allemagne, ce qui permet de bénéficier du "made in germany" et au niveau comptabilité national de faire entrer le produit dans sa totalité dans la "case exportation".

Investissements et financements
Si le taux d'investissement hexagonal des entreprises (18.9 %) est très proche de ses principaux compétiteurs (USA, Allemagne), on constate un déficit dans les PME  (12 % seulement contre 16 % en Allemagne) qui risque de les faire décrocher progressivement des marchés mondiaux où elles ne seront plus compétitives. Seules, les grandes entreprises seront en mesure d'exporter. Les PME industriels ont tendances à se contenter du renouvellement de matériels davantage qu'investir sur la modernisation ou la rationalisation, propres à amener des gains de productivité. Les marges des entreprises françaises sont trop réduites, les obligeant à recourir au crédit bancaire. A contrario, les entreprises d'Outre-Rhin font largement appel à l'autofinancement.

L'épargne des ménages hexagonaux (16 % en moyenne et en ligne avec les autres pays de la zone Euro) est dirigé majoritairement vers l'immobilier et à moins de 20 % vers les entreprises, ce qui ne favorise pas l'accès au crédit. Les nouvelles entreprises (start-up) ont du mal à croître et à atteindre une taille critique, faute de financements. En particulier, les start-up hexagonales éprouvent des difficultés à trouver un financement de "deuxième tour" pour relayer le financement des proches, des business angels et du capital risque.

Une trop faible collaboration entreprise-R&D public pénalise l'innovation
Le retard français en matière de collaboration public-privé pénalise les entreprises en innovation. De plus, l'innovation reste très ciblée sur l'amont (les innovations technologiques) et pas assez sur "l'aval" (les processus de fabrication et de commercialisation). Or, l'innovation ne peut pas être exclusivement appréhendée en termes technologiques, mais doit adresser à l'ensemble de l'économie et en particuleir aux pratiques commerciales (marque, modèle, modèle économique, design, ...).

Un déficit d'ETI et de concentration géographique
Les entreprises françaises sont de trop faibles tailles et peinent à atteindre le stade d'ETI (Entreprise de Taille Intermédiaire) de 500 personnes ou plus, là où l'Allemagne à une profusion de ce type d'entreprises. Au niveau industriel, où les investissements peuvent être conséquents, le modèle de l'ETI prend tout son sens pour faire des économies d'échelle. De la même manière, les entreprises hexagonales sont trop peu concentrées géographiquement à l'inverse de leurs homologues d'Outre-Rhin.

Le CIR et les pôles de compétitivité, un point fort majeur de la France
Le CIR (Crédit Impôt Recherche) et les Pôles de compétitivité constituent un attrait et un atout important de la France, qu'il convient peut être d'amplifier.

Les solutions
Le modèle Allemand devrait inciter à plusieurs constats

  • Le profit devrait être considéré comme légitime
  • L'état devrait soutenir, non pas des entreprises en déclin, mais des activités porteuses d'emplois et de valeur ajoutée
  • Le dialogue social (entreprise-syndicats) devrait être privilégié au détriment de la réglementation étatique. Les entreprises demandent simplement à l'état de jouer un rôle facilitateur en renonçant à une posture interventionniste.

Innovation et émulation
Enfin, le rapport rappelle que le progrès technologique, qui constitue une réponse à la décélération des gains de productivité observé depuis 30 ans, se situe autant au niveau des dépenses de R&D engagés que de la faculté des entreprises à transformer celles-ci en innovation proprement dites. Il prône une saine émulation entre universités pour faire émerger des champions nationaux.

Source : www.institut-entreprise.fr