La Chine s'investit massivement dans la normalisation en développant ses normes internes, mais aussi en prenant la présidence de plus en plus de comité de normalisation de l'ISO (International Standard Organization). Cette double implication (normalisation à l'échelle du pays et au niveau international), qui a été boostée par l'entrée de la Chine dans l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) en 2001, a pour effet de rendre plus complexe la pénétration du marché chinois par un nouvel entrant occidental et de garantir au niveau mondial les intérêts de la Chine sur certains domaines stratégiques (terres rares, ...).

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La normalisation - une grande muraille de Chine virtuelle ?

La normalisation chinoise
La normalisation "à la chinoise" peut se définir par plusieurs spécificités :

  • Elle est centralisée et dirigée directement par l'état et non pas par les industriels
  • Elle est pléthorique. Ainsi, la Chine possède 150 000 normes, soit 7 fois plus de normes que l'Union Européenne
  • Elle est complexe avec plusieurs niveaux d'organisation; les normes obligatoires (normes GB), les normes nationales recommandées (25 000 GB/T), les normes sectorielles/industrielles/ministérielles et enfin les normes provinciales (20 000 dont seules une partie est obligatoire mais contribue aux bonnes relations d'une entreprise avec les autorités provinciales).
  • Elle est dispersée car par exemple les normes GB sont compilées par 70 associations et organismes de recherches, ce qui se traduit par une très grande dispersion de l'information
  • Elle est très difficile à se procurer car l'achat de normes chinoises impose de posséder un compte en banque en Chine. Même les grandes entreprises occidentales disent éprouver des difficultés à se procurer les normes de l'Empire du Milieu
  • Elle multiplie les coopérations bilatérales sur de très nombreux sujets de normalisations (avec l'Allemagne sur les navires et les technologies maritimes, ..., avec la Suède sur l'emballage et l'environnement ou avec la France sur l'efficacité énergétique) afin de rester à la pointe avec les grands leaders
  • Elle s'implique fortement dans la normalisation internationale (ISO). Car participant seulement depuis 2004, la Chine a déjà pris la présidence d'une trentaine de comités de normalisation. Son implication dans les structures techniques (82 %) dépasse déjà celle des Etats-Unis (75 %), du Japon (79 %) ou de la France (80 %). Elle passera devant l'Allemagne dans 4 à 5 ans
  • Elle constitue une barrière à l'entrée pour tout nouvel entrant occidental qui doit intégrer cette masse de nouvelles normes chinoises qu'il faut traduire et interpréter

Les ambitions chinoises
La Chine demande également à être membre permanent du TMB (Technical Management Board), une sorte de bureau de gouvernance technique de l'ISO, comme le sont les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l'allemagne et la France. La Chine souhaite être ainsi présente au niveau technique et s'implique massivement dans l'ISO depuis 2004. Elle mobilise pour cela des moyens très importants et contrairement à d'autres pays où les structures de décisions sont complexes avec plusieurs comités nationaux (USA), la Chine parle d'une même voie.

La normalisation, une priorité pour la Chine
La Chine affiche clairement la normalisation comme une priorité dans sa politique industrielle. Certains secteurs avaient pris du retard dans ce domaine conduisant à des scandales (sanitaires, au niveau des transports, ...). Si les normes chinoises sont encore souvent ignorées à l'extérieur du pays, les enjeux en terme de marché pourraient changer rapidement la donne. L'exportation des normes chinoises est considéré d'ailleurs comme de nature à soutenir les politiques commerciales chinoises.

La normalisation, une volonté de contrôler l'accès au marché ?
Si certains commentateurs associent la volonté chinoise en normalisation comme liée au contrôle de l’accès au marché, il faut noter que la complexité du système représente en elle-même une barrière à l’entrée. Cette complexité ne semble toutefois pas véritablement voulue, mais elle est constatée et peut-être parfois exploitée.

Il est mis en évidence également que la Chine s'est entourée, avant son entrée dans l'OMC, d'un grand nombre de mesures protectionnistes qui seront longues à détricotter. La croissance de la normalisation tout azimut en rajoute une couche. La Chine s'entoure t-elle d'une nouvelle muraille virtuelle ?

Source : www.paristechreview.com