La Chine, premier importateur mondial de déchets, entend devenir plus sélectif afin de limiter la pollution de l'air et des sols. Une décision, qui devrait devenir effective d'ici fin 2017 et aux conséquences potentiellement dévastatrices pour les filières de recyclage en Europe et aux États-Unis qui devront gérer leurs déchets en interne ou trouver d'autres débouchés.

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Encombrants déchets !
Pour se débarrasser de leurs déchets, de nombreux industriels empruntent la voie de l'exportation. Parmi les pays importateurs, on trouve de nombreux pays asiatiques ou africains, au premier rang desquels figure la Chine. Mais cette dernière souhaite devenir plus sélective et interdire l'importation de certains types de déchets, dont les déchets mal triés, solides, certains plastiques, papiers, textiles... Cette décision, notifiée le 18 juillet 2017 à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), inquiète déjà, et en particulier les États-Unis, premier exportateur mondial de détritus.

Intégrer la préoccupation environnementale dans le business
L'interdiction devrait être effective d'ici fin 2017, selon l'agence officielle Chine nouvelle. L'interdiction d'entrée sur le territoire chinois concernera 24 catégories de déchets solides, dont certains plastiques, papiers et textiles. Pour justifier sa décision, Pékin a mis en avant l'argument environnemental. "Nous avons constaté que de grandes quantités de déchets de mauvaise qualité, et même de déchets dangereux, sont mélangés avec des déchets solides. (...) Cela pollue sérieusement l'environnement de la Chine", explique le ministère de l'Environnement dans sa notification à l'OMC.

Lutter contre le pollution
Le pays souhaite en effet améliorer la qualité des déchets qui entrent sur son territoire et privilégier ceux qui sont bien triés et conditionnés. Si elle est introduite, cette mesure "aurait un impact important (...) sur l'industrie mondiale du recyclage et sur la production chinoise qui dépend de matériaux recyclés", a réagi le BIR, association mondiale de l'industrie du recyclage. La Chine est en effet le premier importateur mondial de déchets avec 49,6 millions de tonnes de déchets solides importés en 2015, les matières premières recyclées (billes de plastiques, papiers et cartons d'emballages...) lui permettant d'alimenter la croissance de sa production industrielle. Mais la Chine tente désormais de lutter contre la pollution de l'air et des sols induite par ce développement économique qui s'est fait sans préoccupation environnementale. Pékin veut aussi fermer les nombreuses usines de recyclage les plus polluantes du pays pour privilégier des sites plus modernes, et a déjà renforcé ces derniers mois le contrôle de la qualité des déchets importés.

Un effet potentiellement dévastateur aux États-Unis mais aussi en Europe
Pour les Etats-Unis, premier exportateur mondial de déchets, la décision chinoise aurait un "impact dévastateur", selon le mot de Robin Wiener, président de l'ISRI (Institute of Scrap Recycling Industry) qui regroupe les acteurs américains du secteur. Il rappelle notamment que la valeur des exportations de déchets de métaux, papiers et plastiques du pays a atteint 5,6 milliards de dollars l'an dernier. Et même son de cloche du côté de l'Europe : "La Chine représente pour l'Union européenne plus de 50% de ses exportations de déchets", explique Damien Dussaux, chercheur au Grantham Research Institute on Climate Change de Londres.

Un engorgement des déchets à traiter
Avec la fermeture du débouché chinois, l'industrie craint un engorgement des volumes de déchets à recycler dans les pays d'origine. L'an dernier, la Chine a par exemple importé 7,3 millions de tonnes de déchets plastiques, essentiellement d'Europe, du Japon et des Etats-Unis, ainsi que 27 millions de tonnes de déchets papiers, dont 25 à 30% étaient un mélange de papiers et de cartons, une catégorie visée par la mesure chinoise, selon le BIR. Certains voient dans cette annonce une volonté de la Chine de soutenir sa propre industrie du recyclage.

Le cours des matières premières recyclées pourrait chuter
Le secteur a aussi en tête un précédent: en 2013, la Chine avait pris des mesures pour renforcer les contrôles sur les déchets arrivant sur son territoire, entraînant une baisse des prix des matières premières recyclées sur les marchés mondiaux. "Le risque est celui, à court terme, d'un engorgement du marché européen qui entraînera une baisse des prix de vente, parce que les capacités des usines de recyclage en Europe ne suffiront pas à absorber ces volumes qui vont rester sur le marché européen", s'inquiète Pierre Moguérou, vice-président de la filière Plastiques de la fédération française des industriels Federec.

Et investir dans de nouvelles capacités prendrait du temps, alors que cette annonce s'inscrit dans un contexte tendu pour certaines matières. C'est le cas des plastiques recyclés, pour lesquels la filière manque de débouchés chez les industriels. D'ici là, l'Europe risque de crouler sous ses propres rebuts.

Source : wwww.sciencesetavenir.fr