On observe depuis plusieurs décennies, un ralentissement régulier des gains de productivité dans l'industrie (gain de 1% par an actuellement environ contre 6 % dans les années 50) et ceci dans l'ensemble des pays. Au delà des aspects conjoncturels (crise, ...), il semble y avoir des facteurs long terme qui expliquent ce phénomène encore mal expliqué: part croissante d'activité tertiaire dans l'activité de production, large gamme de produits à plus faible durée de vie, mixte de biens et de services et enfin contraintes nouvelles (sécurité d'usage, normes environnementales, ...). Au final, ce sont peut être les indicateurs de mesure de la productivité qui sont biaisés.

gains_de_productivit____causes_du_ralentissement

La définition de la productivité industriel
La productivité est le rapport entre le volume des extrants (les produits fabriqués) et le volume des intrants (travail + capital + énergie + matières premières). Elle mesure l'efficacité de l'utilisation des intrants de production. La productivité s'améliore si les producteurs utilisent une quantité plus faible d'intrants pour produire une unité de production.productivit__du_travail_par_rapport_USA

Plusieurs phénomènes semblent expliquer le ralentissement général des gains de productivité :

  • Une part croissante d'activité tertiaire dans l'activité de production.
    D’une part, les activités "productives" sont moins qu’avant "industrialisées" en ce sens que la part représentée par les opérations matérielles -pouvant bénéficier des gains liés à l’utilisation des machines- se réduit. En effet, dans la valeur d’un produit le poids des dépenses de conception (CAO, simulation numérique, ...), de gestion et de distribution a nettement augmenté. Or ces activités se rapprochent des activités de service, parce que leur "valeur" est essentiellement mesurable par du "temps passé" peu compressible.
  • Une production industrielle beaucoup plus diversifiée et un renouvellement rapide des gammes de produits
    La seconde raison du déclin des gains de productivité de l’industrie dans tous les pays dits développés tient plus à la nature des produits qu’aux processus. En effet, le passage d’un mode de production dominé par la logique fordiste (production de masse avec économies d’échelle sur des produits peu différenciés et à longue durée de vie) à un mode de production atomisé avec une gamme de produits beaucoup plus diversifiée (et à faible durée de vie) complexifie la production (TRS diminué lié aux changements de fabrications, gestion de stocks et des outillages, gamme opératoires multiples, rebuts plus complexes à traiter, GPAO plus complexe, ...).
  • Un mixte de "biens" et de "services"
    On peut enrichir cette explication en notant que les "produits" d’aujourd’hui ne sont pas toujours, comme par le passé, repérables comme "biens" ou comme "services". L’achat d’un bien commande le plus souvent l’acquisition d’un service lié (la formation du personnel à une nouvelle technologie, la mise en route de la machine, ...).
  • Des contraintes industrielle nouvelles
    De même, en intégrant des normes plus contraignantes pour protéger l’environnement, assurer une meilleure sécurité dans l’usage du produit et réduire les risques pour les travailleurs, les entreprises supportent des coûts sans que ces aménagements se retrouvent dans la valeur produite puisque celle-ci est mesurée par le chiffre d’affaires ou la valeur ajoutée. La meilleure conformité du produit aux attentes des clients, au bien-être des salariés et à la protection de l’environnement n’est pas "valorisée" comme elle le devrait. Et, puisque la productivité est le rapport de la valeur produite aux dépenses effectuées pour produire chaque fois que ces dépenses augmentent sans que cela se retrouve dans la valeur produite, la productivité diminue.  

En conclusion, ce n’est peut être pas la baisse de la productivité qui est en question, mais les indicateurs utilisés pour la mesurer (non prise en compte de l'impact environnementale dans les intrants, ..., non prise en compte de la sécurité du produit et de la multiplication du choix produit pour le consommateur dans les extrants).

Source : bts-banque.nursit.com