Il est difficile de comparer le prix d'un porte avion ou d'un véhicule automobile avec celui d'un smart-phone car leur taille et leur poids ne sont pas du même ordre de grandeur. Il nous a donc semblé intéressant de calculer le prix au kilo des objets manufacturés afin de les mettre en perspective. On s'aperçoit alors, avec ce ratio de comparaison, qu'un porte avion est comparativement moins onéreux qu'un smart-phone et qu'un véhicule automobile est très peu coûteux.

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Les véhicules automobiles les moins onéreux
Rapporté au prix au kilo, une Renault Clio IV coûte un peu plus de 12 €/kg (12 500 € / 1 009 kg) et une Audi A3 plus du double (26 €/kg) alors qu'un Ipad Air est facturé plus de 1 000 €/kg et un Samsung Galaxy S3 2000 €/kg (133 g pour 285 €). Un vélo de 500 € pour 11 kg coûtera plus de 45 €/kg. Un canapé cuir qui coûte 1200 € (pour 80 kg) est du même ordre de prix que la Clio IV avec 15 €/kg.

La défense navale et terrestre
Le porte avion Charle de Gaulle qui a coûté 2.5 milliards d'euros pour 40 000 tonnes d'acier ne revient au final qu'à 63 €/kg et le char Leclerc à 148 €/kg (8 millions d'euros pour 54 tonnes).

L'aéronautique civile à 415 €/kg
L'aviation civile est au dessus des coûts de la défense navale et terrestre avec 415 €/kg pour l'Airbus A380 (150 millions d'euros pièce environ pour 361 tonnes à vide). Les prix de vente sont cependant très dépendants du nombre d'appareils achetés.

La défense aérienne et le spatial au top
Le rafale coûte 101 millions d'euros par avion pour un poids de 10 tonnes, soit 10 000 €/kg. Cependant, c'est le spatial qui bat les records de coût au kilo avec des satellites entre  30 000 €/kg (pour les gros satellites de plus de 5 tonnes) et 300 000 €/kg pour les pico-satellites (< 1 kg). La station spatiale internationale est la structure la plus coûteuse jamais construire avec 82 milliards d'euros pour 400 tonnes, soit 207 000 €/kg.

On le voit clairement; le spatial et la défense aérienne caracolent en tête des dépenses (en €/kg). L'électronique arrive juste derrière avec un ordre de grandeur en moins. On retrouve ensuite le militaire naval et terrestre.

L'industrie pharmaceutique
Les médicaments de pointe coûtent également extrêmement chers, entre 10 et 30 €/boite, pour une très faible quantité de produit (10 g environ), soit entre 1 000 €/kg et 3 000 €/kg. On reste bien en dessous du prix des produits de l'aéronautique ou du spatial. Oui, mais le nombre de boîtes vendues se compte en millions, ce qui génère un chiffre d'affaire colossal et des bénéfices en rapport car on imagine bien que même si le coût de la R&D est très important (en centaines de millions) et que le taux d'échec est énorme (100 produits testés pour un seul médicament mis réellement sur le marché au final), le coût de fabrication en très grande série est dérisoire (quelques centimes par comprimé) et les marges phénoménales. Ce qui peut amener ce marché à des dérives et des dysfonctionnement graves et nécessite une surveillance et une régulation par les états bien plus poussée que pour tous les autres produits.

De tous les produits envisagés, les médicaments sont les seuls produits à combiner plusieurs spécificités qui en font un business très lucratif :

  • Un prix de vente au kilo élevé
  • Un marché de masse (échelle mondiale)
  • Une consommation régulière, récurrente et obligatoire (nécessité de poursuivre les soins, quelquefois à vie)
  • Un remboursement partiel ou total de leur prix (système de protection sociale), rendant assez indolore l'acte d'achat par le consommateur
  • Une concurrence assez faible entre laboratoires

Un coût de fabrication des produits lié à plusieurs facteurs
Ces coûts de fabrication importants sont liés à plusieurs facteurs qui, dans certains cas, se cumulent :

  • L'absence d'effet série (production quasi-unitaire ou en très petite série) pour le spatial (satellite) et la défense (navale, aérienne, terrestre)
  • Les efforts de R&D mis en oeuvre pour aboutir au produit final (spatial, industrie pharmaceutique)
  • Le taux d'échec important (industrie pharmaceutique)
  • La très grande complexité technologique des produits (aéronautique, électronique, spatial)
  • Des enjeux lié à la sécurité (aéronautique civile) qui nécessitent une fiabilité très poussée des divers composants fabriqués (multiplication des contrôles CND, dossiers qualité très importants)
  • Une forte concurrence et des produits à faible durée de vie (3-4 ans) en électronique qui pousse à une course en avant technologique et nécessite un énorme effort de R&D pour rester à la pointe de l'innovation et sortir des nouveaux produits avec une fréquence soutenue (tous les 6 mois)
  • L'absence de concurence (aéronautique de défense) liée à des marché nationaux captifs
  • L'utilisation de matériaux haut de gamme en aéronautique (titane, composite, super-alliage) lié à des contraintes fonctionnelles très sévères (motorisation, allègement) ou spécifiques (durée de vie de 30 ans)
  • Des marges confortables (électronique avec Apple, Samsung, industrie pharmaceutique, ...)

Si les véhicules automobiles paraissent couteux à l'achat pour les particuliers, leur prix au kilo est relativement faible car dans cette industrie, les séries sont très importantes (robotisation, politique d'achat matière et sous-ensemble, optimisation du process) et la concurrence joue à plein entre constructeurs.